Girolle ou chanterelle : le test des plis

Chanterelle dorée retournée montrant les plis épais et fourchus caractéristiques

Tu tiens un champignon jaune orangé dans la main, en forme de trompette évasée. Girolle ? Chanterelle ? Autre chose ? Retourne-le et passe la pulpe du doigt sous le chapeau. Ce que tu sens là décide de tout, et ça prend cinq secondes.

La réponse courte

**Girolle et chanterelle ne s’opposent pas : la girolle est une chanterelle.** Cantharellus cibarius, la girolle, appartient au genre Cantharellus, que le français appelle « les chanterelles ». Quand un cueilleur dit « chanterelle » sans autre précision, il parle le plus souvent de la chanterelle en tube (Craterellus tubaeformis), plus tardive, plus grêle, au pied creux et jaune.

Le mot « chanterelle » désigne donc un groupe. « Girolle » désigne une espèce précise dans ce groupe.

Ce qui compte sur le terrain, ce n’est pas ce débat de vocabulaire. C’est de savoir si ce que tu tiens porte des plis ou des lamelles. Cette question-là écarte les sosies dangereux.

Le test des plis, geste par geste

Une lamelle est une lame fine, dressée sous le chapeau comme une page de livre. Elle est nette, séparée de ses voisines, et elle se détache si tu la grattes à l’ongle.

Un pli est un bourrelet épais de la chair du chapeau. Il ne se détache pas : c’est le chapeau lui-même qui ondule.

Voici le geste :

  • Retourne le champignon et regarde la face inférieure à la lumière.
  • Passe le doigt à plat, sans appuyer. Des plis donnent une sensation de côtes molles, de velours ondulé. Des lamelles accrochent, elles sont sèches et coupantes.
  • Gratte une seule structure à l’ongle. Une lamelle se soulève et se détache proprement. Un pli reste solidaire du chapeau, ou s’écrase.
  • Suis-la vers le pied. Chez la girolle, les plis sont décurrents : ils descendent sur le pied et s’y prolongent, sans frontière nette entre chapeau et pied. Le champignon paraît d’un seul tenant.
  • Cherche les fourches. Les plis de la girolle se divisent en Y, se rejoignent, forment des ponts transversaux. Une lamelle véritable, elle, court droit du bord vers le centre.

Plis épais, fourchus, décurrents, inséparables du chapeau : tu es dans le genre Cantharellus. Lamelles fines, régulières, détachables : tu es ailleurs, et il faut identifier cet ailleurs avant toute chose.

Ce que le test écarte : le clitocybe de l’olivier

Le sosie qui envoie des cueilleurs aux urgences est Omphalotus olearius, le clitocybe de l’olivier. Il est orange vif, en touffe, séduisant, et il est toxique. Il provoque des troubles digestifs violents.

Sous son chapeau, il porte de vraies lamelles : fines, serrées, d’une couleur orange soutenue, faciles à détacher à l’ongle. Elles sont décurrentes elles aussi, ce qui trompe. Mais elles ne sont ni épaisses, ni fourchues, ni fondues dans la chair du chapeau.

Deux autres différences, à vérifier une fois le test des plis fait :

  • Le support. Le clitocybe de l’olivier pousse en touffes denses sur du bois, souche ou racine enterrée d’olivier, de chêne, de châtaignier. La girolle pousse isolée ou en groupes lâches, au sol, dans la litière.
  • La chair. Coupe le pied dans la longueur. La girolle a une chair blanche à jaune pâle, ferme, qui sent l’abricot. Le clitocybe a une chair orangée jusqu’au cœur, et une odeur désagréable.

Le fausse girolle (Hygrophoropsis aurantiaca) échoue elle aussi au test : lamelles fines, molles, orangées, très fourchues mais bien détachables. Elle n’est pas dangereuse, elle est simplement sans intérêt gustatif et parfois mal tolérée.

Girolle et chanterelle en tube, côte à côte

CaractèreGirolle (C. cibarius)Chanterelle en tube (C. tubaeformis)
Couleur du chapeauJaune d’œuf uniformeBrun grisâtre à ocre
Face inférieurePlis épais, jaunes, fourchusPlis plus fins, gris-violacé
PiedPlein, ferme, jauneCreux, jaune vif, grêle
ChairFerme, cassante, blancheMince, souple
OdeurAbricot marquéFaible
SaisonDe l’été à l’automneAutomne tardif, jusqu’aux gelées

Les deux passent le test des plis. Les deux se cuisinent. La girolle tient mieux à la poêle, la chanterelle en tube se dessèche vite et se garde bien séchée.

Note pour la cuisine : ces champignons se consomment cuits, jamais crus. Une cuisson à feu vif, plusieurs minutes, après avoir rendu l’eau. Crus, ils sont mal digérés.

Quand le test ne suffit pas

Le test des plis répond à une question : plis ou lamelles ? Il ne répond pas à « est-ce comestible ». Un exemplaire jeune, déformé, desséché ou rongé peut brouiller la lecture. Une touffe mélangée peut cacher deux espèces.

Dans ces cas, une seule conduite : ne mets pas le champignon dans le même panier que ta récolte, et fais valider ta cueillette par un pharmacien ou une société mycologique agréée avant de cuisiner.

Ce n’est pas une précaution de principe, et la saison 2024 le montre précisément sur ce couple d’espèces. Entre le 1er juillet et le 31 décembre 2024, 1 363 personnes ont appelé un centre antipoison pour une intoxication par des champignons en France hexagonale. La plupart de ces intoxications étaient bénignes, mais 41 cas, soit 3,1 %, étaient de forte gravité, et trois personnes sont décédées (ANSES, rapport de toxicovigilance 2025-VIG-0015).

Surtout, ce sont les girolles et chanterelles qui ont été les espèces les plus recherchées de la saison 2024 : 28,6 % des repas issus de cueillette, devant les cèpes et bolets. L’ANSES relève qu’à partir de la mi-octobre et jusqu’à la mi-décembre, elles passaient en tête des espèces recherchées, ce qui a conduit à un nombre plus important d’intoxications par le clitocybe de l’olivier (Omphalotus olearius) et le faux clitocybe lumineux (Omphalotus illudens) — que l’agence désigne comme les principales espèces toxiques susceptibles d’être confondues avec des girolles ou des chanterelles. En 2024, environ 6,4 % des repas identifiés contenaient au moins l’une de ces deux espèces.

La saison précédente, du 1er juillet au 31 décembre 2023, avait compté 1 482 intoxications, dont 23 de forte gravité et aucun décès (ANSES, rapport de toxicovigilance 2024-VIG-0112). L’ANSES suit ces intoxications saison par saison depuis 2016, via le réseau des centres antipoison.

Ces cas ne viennent pas de cueilleurs imprudents au sens caricatural. Ils viennent souvent d’un doute que personne n’a levé.

Questions fréquentes

Quelle est la différence entre une girolle et une chanterelle ? La girolle est une chanterelle : Cantharellus cibarius appartient au genre Cantharellus, que le français appelle « les chanterelles ». La girolle est charnue, jaune d’œuf, à pied plein. La chanterelle en tube (Craterellus tubaeformis) est plus grêle, brun grisâtre, à pied creux, et plus tardive. Les deux portent des plis épais et fourchus.

Comment distinguer le clitocybe de l’olivier d’une girolle ? Le clitocybe de l’olivier porte de vraies lamelles : fines, serrées, orange vif, qui se détachent proprement à l’ongle. La girolle porte des plis épais, fourchus, solidaires du chapeau. Deux autres contrôles : le clitocybe pousse en touffes sur du bois, sa chair est orangée jusqu’au cœur ; la girolle pousse au sol, sa chair est blanche et sent l’abricot.

Qu’est-ce qu’un pli, et en quoi diffère-t-il d’une lamelle ? Une lamelle est une lame fine, dressée sous le chapeau comme une page de livre, séparée de ses voisines, et qui se détache si on la gratte à l’ongle. Un pli est un bourrelet épais de la chair du chapeau : il ne se détache pas, c’est le chapeau lui-même qui ondule. Cette distinction est le cœur du test.

Que veut dire « plis décurrents » ? Décurrent signifie que les plis descendent sur le pied et s’y prolongent, sans frontière nette entre le chapeau et le pied. Le champignon paraît d’un seul tenant. C’est un caractère du genre Cantharellus — mais attention, les lamelles du clitocybe de l’olivier sont décurrentes elles aussi : le caractère décisif reste l’épaisseur et le caractère fourchu, pas la seule descente sur le pied.

La fausse girolle est-elle dangereuse ? Hygrophoropsis aurantiaca, la fausse girolle, n’est pas dangereuse. Elle échoue au test des plis : lamelles fines, molles, orangées, très fourchues mais bien détachables. Elle est simplement sans intérêt gustatif, et parfois mal tolérée.

Peut-on manger des girolles crues ? Non. Girolles et chanterelles se consomment cuites, jamais crues : crues, elles sont mal digérées. Une cuisson à feu vif, plusieurs minutes, après leur avoir fait rendre leur eau.

Avant de partir : ce que dit la loi

La cueillette n’est pas libre partout, et la règle se retient en deux chiffres.

L’article R163-5 du Code forestier punit de l’amende prévue pour les contraventions de la 4e classe le fait de prélever, sans l’autorisation du propriétaire, un volume inférieur à 10 litres de champignons, fruits et semences dans les bois et forêts. Dans les bois et forêts relevant du régime forestier, et sauf réglementation contraire, cette autorisation est présumée tant que le volume prélevé n’excède pas 5 litres (article R163-5, Légifrance).

Au-delà de 10 litres, cet article ne s’applique plus et le prélèvement sans autorisation relève du droit commun du vol. En forêt privée, l’autorisation du propriétaire est requise en principe.

Cinq litres, c’est un grand panier. Pour une sortie familiale, la question ne se pose presque jamais. Elle se pose quand on revient trois fois dans la semaine sur le même coin.

Le réflexe à garder

Devant un champignon jaune orangé en forme d’entonnoir, un seul geste : retourne-le, passe le doigt, gratte à l’ongle, suis vers le pied.

Plis épais, fourchus, décurrents, solidaires du chapeau, chair blanche qui sent l’abricot, poussée au sol : girolle.

Lamelles fines et détachables, touffe sur du bois, chair orangée : repose-le. Et garde en tête que ce couple d’espèces reste une confusion gustative : les confusions qui, elles, sont mortelles se jouent sur d’autres caractères, la volve en tête.

Et quand le doigt hésite, c’est que la réponse est non. Un panier plus léger vaut mieux qu’une soirée aux urgences.


L’équipe Cueillette

En cas de doute sur une récolte, présente-la à un pharmacien ou à une société mycologique agréée avant toute consommation. Si le repas a déjà eu lieu, voici la procédure à suivre en cas de doute après coup.

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